Deux histoires, un domaine
Comment une école suédoise et un lycée bruxellois se sont retrouvés au château d’Argenteuil ?
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Deux histoires, un domaine : Comment une école suédoise et un lycée bruxellois se sont retrouvés au château d’Argenteuil ?
Un rêve suédois à Bruxelles
Tout commence en 1972. Ingrid Hanell Karlsson souhaite ouvrir une école suédoise dans la région de Bruxelles ; les autorités suédoises l’encouragent, mais exigent qu’une organisation locale en porte la responsabilité. En 1973 naît donc l’asbl École Reine Astrid et le Svenska Klubben. Une section maternelle ouvre au château Sainte-Anne, puis dans une villa louée à Kraainem ; après un passage à Wezembeek, l’école s’installe en octobre 1976 à Rhode-Saint-Genèse, « sous la haute protection du Roi des Belges ».
L’arrivée à Argenteuil
À la fin des années 1980, les bâtiments de Rhode deviennent trop exigus. En 1988, l’école loue quelques classes au domaine d’Argenteuil, à Waterloo, où une école technique belge est en train de fermer ; en 1991, elle occupe la majeure partie du bâtiment scolaire. Le président Lars Malmros (CEO de Volvo) demande alors à l’État belge s’il serait possible d’acheter le bâtiment scolaire. La réponse tombe en 1992 : oui, mais l’ensemble du domaine — château et parc de 147.000 m². Grâce au soutien de la Fondation Wallenberg et du ministère suédois de l’Éducation, l’acquisition est signée en août 1993 devant notaire à Waterloo. Le Fonds Reine-Astrid en devient le propriétaire officiel, afin de garantir l’avenir de l’école sur le site.
Un projet européen longtemps différé
En 1994, l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Union européenne fait espérer l’ouverture d’une section nordique à Argenteuil. La Commission s’y oppose : les élèves suédois et finlandais rejoindront les Écoles européennes existantes de Bruxelles. Le rêve ne meurt pourtant pas. En 2009, l’École européenne officielle autorise la création d’« écoles européennes agréées », qui suivent le curriculum européen sans être financées par la Commission. Il restait à trouver un partenaire belge.
Le Lycée Molière
Ce partenaire naît, lui, en 1956, lorsque Paul Dechamps (1934-2021) fonde l’École des Devoirs, destinée à accompagner les élèves après les cours — une formule qui se généralisera ensuite dans toute la Communauté française. Convaincus par la méthode, les parents demandent bientôt que soient aussi dispensés les cours « du jour », dans le strict respect des programmes officiels. En 1964, la première génération d’élèves achève sa rhétorique : le Lycée Molière devient une école à part entière, homologuée par le gouvernement belge et habilitée à délivrer le CESS — la première école non subventionnée à l’obtenir. En 2012, Paul Dechamps transmet la direction à Félix de Merode, qui s’entoure d’une équipe de professeurs enthousiastes : ensemble, ils préservent l’essentiel du projet d’établissement tout en conduisant un véritable renouveau pédagogique. L’année suivante, le lycée s’installe avenue Franklin Roosevelt, face à l’ULB.
La rencontre
C’est Kari Kivinen, secrétaire général des Écoles européennes, qui provoque la rencontre décisive: il met en relation, en 2015, Ingrid Hanell Karlsson et Félix de Merode. En 2016, celui-ci crée, en partenariat avec la Scandinavian School of Brussels, l’École européenne agréée de Bruxelles-Argenteuil (EEBA), sur le campus du château d’Argenteuil. Devant le succès de la section européenne, le Lycée Molière rejoint à son tour, à l’été 2021, l’entité scandinave sur ce lieu d’exception.
Aujourd’hui
Nos élèves suivent désormais un programme multilingue cohérent, de la maternelle à la fin du secondaire, menant à deux diplômes reconnus internationalement : le baccalauréat européen et le baccalauréat international. Un demi-siècle après Kraainem et l’École des Devoirs, deux histoires se poursuivent sous le même toit.